Quatre des dix fils de la fée Mélusine et de Raymondin peuvent prétendre au statut de "monstre", en raison de tares anatomiques affectant leur organe de la vision. Urian, l'aîné était bien pourvu de deux yeux, mais on peut au choix déceler l'anomalie dans celui qui était rouge, ou celui qui était pers, bleu-vert donc. Idem pour le troisième enfant, Guyon, dont un oeil était plus haut que l'autre. Renaud, le cinquième, répond parfaitement au critère de l'anormalité, avec son seul oeil, si perçant qu'il voyait sur mer et sur terre trois fois plus loin que les autres et apercevait un objet à vingt lieues de distance.

N'ayons toutefois garde d'oublier Horrible, le huitième rejeton, pourvu de trois yeux, dont un au milieu du front. Ce monstre manifesta sa "monstruosité" dès l'âge de trois ans, en mordant à mort deux de ses nourrices, puis en tuant à sept ans deux écuyers. Mélusine dut donc à regret accepter qu'on mît le feu à du foin humide pour qu'Horrible fût étouffé.

Il eut toutefois l'honneur d'une sépulture à Montierneuf, dit-on.

Et puis, surtout, en contemplant le château, songez qu'il fut -comme beaucoup d'autres dans la région- élevé grâce aux pouvoirs magiques de la fée Mélusine qui transportait par les airs d'énormes blocs de pierre, dont certains tombaient -artistement- de sa "dorne" (giron, ou tablier). 

C'est le jeudi 7 août 1393 que Jean d'Arras dit avoir terminé Le Roman en prose de Mélusine, ou La noble histoire des Lusignans (les titres varient quelque peu selon les manuscrits). Libraire et relieur du duc Jean de Berry, comte de Poitou, Jean d'Arras adresse sa dédicace à " haut, noble et très puissant Jean, fils du roi de France [Jean II le Bon],...mon très redouté seigneur, qui m'a commandé de faire ce pauvre petit traité, d'après les chroniqueurs qui m'ont été confiés, tant par lui que par d'autres ". L'ouvrage est aussi dédié à la " très noble soeur " du duc, " Marie, fille du roi de France,...ma très redoutée dame " et au " noble marquis de Moravie, cousin germain de monseigneur, qui lui a fait demander de lui envoyer cette histoire ".

Une dizaine d'années plus tard, Couldrette, libraire parisien, publiera une version en vers de la légende : Mellusine ou le Roman de Lusignan ou de Parthenay. Mais, avant que les Lusignan ne s'accaparent la fée, les Plantagenêts se réclamaient d'elle et, Richard Coeur de Lion en particulier, s'enorgueillissait d'appartenir à la lignée des fils de la démone. En réalité, la présence légendaire de Mélusine est attestée dans nombre de récits et poèmes de l'Europe féodale, en Normandie, Dauphiné, Provence, Sicile, par exemple.