Au Moyen Age, des lieux de culte, une léproserie et une nécropole étaient installés au château, ou près du village. Seule subsiste au Bourquet l'église romane Saint-André, avec sa façade à deux étages : en bas trois arcatures, celle du milieu encadrant la porte, les autres étant aveugles; au-dessus et au centre, l'arcature de la fenêtre. Prenez le chemin de la Routerie, pour apercevoir l'actuelle sacristie, mieux respectée dans son architecture originelle que l'extérieur du reste de l'édifice, abîmé par un crépi inconsidéré.

 

L'église Saint-André

 

A l'occasion d'un service religieux, il est aussi possible d'entrer dans l'église et d'admirer la sobriété des lignes de l'étroite nef et des robustes contreforts intérieurs. En 1935 ont été classés à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, la colonne engagée et son chapiteau du 12ème siècle, visibles à l'entrée du choeur sur la droite.

Devant l'autel de la Vierge a été déposée une pierre tombale dont l'inscription, en partie usée, a cependant été déchiffrée comme suit en 1926 par l'abbé Gachignard, curé de Joussé :

" CY GIST LE CORPS DE DEFVNCT HONORABLE HOMME FRANCOIS BOVSLAY VIVANT ENQVESTEVR AV SIEGE ROYAL ET ESCHEVIN DE LA VILLE DE POITIERS .....MONTREVIL-BONNIN A AGE DE LXX ANS OV ENVIRON LEQVEL DECEDA LE SABMEDY DIX NEVVIEME JOUR DE JANVIER 1613 ".

Une autre dalle funéraire a été placée devant l'autel dressé sur le bas-coté droit. C'est la "pierre tombale d'un artisan anonyme avec représentation d'une pince de maréchal ? 16ème siècle ? (arrêté préfectoral d'inscription sur l'inventaire des Antiquités et Objets d'art non classés, Poitiers, 16 octobre 1965).

Dans le dallage de la nef ont été insérées maintes pierres tombales aux inscriptions très fragmentaires, et même un couvercle de sarcophage, sculpté d'une bande longitudinale coupée par deux transversales.

Enfin, nous apprenons que, grâce à la libéralité de Louis XIV, une restauration -en fait, de la partie nord du choeur- fut entreprise au 17ème siècle, comme l'atteste l'inscription gravée sur une plaque de marbre noir fixée à un pilier sur le côté sud de la nef :

 

 " LUDOVICI MAGNI

MUNIFICENTIA

HOC TEMPLUM RESTAURATUM

1687 "

Vers 1085, est mentionnée une église neuve dédiée à Saint-André, ainsi qu'une église Saint-Pierre (" ecclesiam novam in honorem sancti Andre[a]e subtus castrum Musterollii ipsamque novam ecclesiam et aliam in honore ipsius Sancti Andre[a]e vetustam juxtapositam et ecclesiam sancti Petri infra castrum positam ") (Archives historiques du Poitou, vol. 3, Cartulaire de Saint-Cyprien, p. 277).

L'actuelle église Saint-André au Bourquet peut être identifiée comme l'ecclesia...sancti Andreae, érigée par Rotgerius Borellus et son épouse Tiscenda et contiguë à l'ancienne église Saint-André.

Quant à l'ecclesia sancti Petri, sans doute est-ce la chapelle, dont M. Dupuis-Vaillant signale les ruines près du donjon, sans la situer précisément?

Dans les années 1293-94, le desservant de la prestigieuse chapelle castrale reçoit du roi Philippe le Bel 6 livres 13 sous 4 deniers pour un trimestre, puis 10 livres pour un semestre. Alors que le modeste chapelain de Saint-André ne bénéficie que de 2 deniers hebdomadaires, soit 8 sous 8 deniers pour toute l'année! Les mêmes ecclésiastiques s'étaient vu attribuer les mêmes sommes sur les comptes établis à l'Ascension 1290 par le sénéchal de Poitou, Olivier de Briançon, au titre des " Elemosine defunctis comitis " -aumônes correspondant sans doute à une donation posthume du comte Alphonse de Poitiers, défunt depuis 1271 (Archives nationales, K 496 n° 4 (2) et K 36 n° 19).

Une donation est faite au " prieuré " Saint-André en 1230 par Hughes Acram, chevalier, en réparation des torts causés par Jean son père, au même établissement. Nous savons également qu'un jugement rendu en 1311 par le prieur claustral de l'abbaye de Saint-Cyprien à Poitiers (Archives départementales de la Vienne, 1H 11, liasse 13) fixe la procédure à suivre en cas de vacance de l'office de sacristain de Montreuil-Bonnin.

Prieuré, paroisse et fabrique (organisme de laïcs qui gère financièrement une paroisse, ou un chapître, et joue un rôle essentiel dans la construction des églises) bénéficient de dons de paroissiens, telle cette Isabeau de Beauchamp qui, en 1428, leur accorde une rente de quatre boisseaux de froment pour qu'il soit fait mémoire d'elle chaque dimanche.

Tout au long du 15ème siècle, les possessions du prieuré s'accroissent considérablement, à en juger par le montant des taxes qui lui sont imposées pour ses nouveaux acquêts (par exemple, 30 sous tournois en 1470 et 100 sous tournois pour 1493). En 1552, le prieur Onuphre Mellin afferme pour trois ans les revenus du prieuré à un marchand de Poitiers qui donnera tous les ans 300 livres, une charretée de foin, 30 boisseaux d'avoine et une pipe de vin.

Mais parmi les prieurs cités dans les titres de l'abbaye de Saint-Cyprien, le plus pittoresque est André Boulié nommé en 1450 : il dut être absous d'une excommunication qu'il avait encourue; puis, en 1464, il figure au nombre des étudiants en l'université de Poitiers et y mena peut-être une vie estudiantine pré-rabelaisienne, à en croire la lettre à lui envoyée l'année suivante par l'abbé de Saint-Cyprien et lui enjoignant de recevoir pour compagnon un religieux de Saint-Cyprien désigné par l'abbé lui-même.

Les états des fermes, dîmes et terrages du prieuré sont connus pour les 17ème et 18ème siècles, jusqu'à l'inventaire dressé en 1793.

 

La léproserie

 

Fléau dont l’apparition fut signalée très tôt en Gaule, la lèpre sévissait assez sévèrement dès le 6ème siècle pour que le concile d’Orléans de 549 confie aux évêques la mission d’organiser l’accueil de malades jugés contagieux et incurables. L’épidémie s’aggrave au 12ème siècle, pour connaître un paroxysme au 13ème et décroître jusqu’au 15ème.

Des maisons de lépreux sont mentionnées en Poitou aux 11ème-12ème siècles. Mais c’est le Troisième concile du Latran, convoqué par le pape Alexandre III en 1179 qui rassemble dans un texte canonique des dispositions -déjà existantes sporadiquement, mais maintenant codifiées-, visant à assurer aux lépreux un secours spirituel spécifique.

Ainsi, comme l’attestent les comptes des sénéchaux de Poitou, des dotations comtales ou royales sont attribuées pour Montreuil-Bonnin, à l’entretien d’une chapelle et d’un desservant affectés aux seuls lépreux. Les dépenses afférentes au luminaire de la chapelle (lampes et cierges) sont également financées.

En 1253, 1256, 1259, les " leprosi " de Montreuil sont dotés d’un sou hebdomadaire : aumône généreuse accordée par Alphonse de Poitiers et qui sera encore versée en 1290 et 1293, du temps de Philippe le Bel, au titre des aumônes du défunt comte Alphonse mort en 1271 (" elemosine defuncti comitis ", Recueil des historiens de la France, vol. 1, Rôle des sénéchaussées de Philippe le Bel, comptes de Jean de Saint-Denis, sénéchal de Poitou). En 1267, les lépreux de Fontenay recevaient la même somme que ceux de Montreuil, soixante sous poitevins étant accordés à ceux de Niort, et deux léproseries étant mentionnées pour Saint-Maixent.

En milieu rural, les léproseries étaient de petites unités, accueillant en général moins de dix personnes. Et de toute évidence, elles étaient implantées à l’écart du village -comme les espaces funéraires, d’ailleurs.

Prenant en compte la localisation de la nécropole médiévale, au-delà de la rivière Boivre, loin du château et du village, ainsi que la présence des établissements religieux à l'entour de l’église Saint-André, pouvons-nous conjecturer que la léproserie montreuilloise se trouvait bien au Bourquet ?

Cette hypothèse semble confirmée par un acte de vente daté de septembre 1796 (vendémiaire, an V de la République), relatif au " vieux presbytère " et à " un petit pré appelé de la Croix ladre et renfermé de hayes vives estent en forme de triangle contenant environ une boissellée mesure de Latillé [environ 12 à 15 ares] ". Il s’agit de la croix marquant la maladrerie (léproserie), et le petit pré est toujours contigu à la cure -même si au cours des siècles, il a perdu sa haie en bordure de la Routerie et a dû accueillir des bâtiments communaux adventices. L’actuelle superficie cure+pré+jardin correspond exactement à celle du document de l’époque révolutionnaire. Les lépreux les moins atteints pouvaient cultiver cette parcelle et les produits récoltés contribuaient à la survivance de la collectivité. Un coin de cette parcelle était-il réservé à l’inhumation des lépreux? (Cette question s’adresse en particulier à Françoise Bériac, université Bordeaux III).

Selon Françoise Bériac, l’établissement montreuillais n’existait sans doute plus vers 1460, car à cette date, des lépreux de Montreuil sont accueillis à Vouillé (Des lépreux aux cagots, Féd. hist. du sud-ouest, Bordeaux, 1990, p. 193).

 

La nécropole

 

Une nécropole médiévale s'étendait à l'entour de l'actuelle église Saint-André et du cimetière au Bourquet. Au cours des âges, le site a manifestement été maintes fois bouleversé. Des vestiges de sarcophages sont parfois mis à jour à l'occasion de travaux sur la voirie, ou de raccordements aux réseaux d'adduction et d'écoulement des eaux. Mais, à notre connaissance, aucun couvercle à décor sculpté ni aucune poterie n'ont été retrouvés, les cuves sont fragmentaires et les ossements sont dispersés. Des datations précises semblent donc difficiles à formuler sur les seuls critères de l'épaisseur des parois des cuves et les profils de tête et épaules, évidés dans le fond de certaines cuves. Toutefois, un archéologue habitué des chantiers de fouilles poitevins date certaines cuves des 7ème-9ème siècles.

Dans le cimetière du Bourquet, subsistent deux pierres tombales en bâtière (en forme de cercueil dont le couvercle est à deux versants). Les inscriptions funéraires sont gravées sur l'un des versants, les lettres V étant mises pour nos U et étant accolées à la lettre A dans 'château', 'Chauveau', 'Gaubertière'. Voici une transcription du texte, qui respecte les éventuelles erreurs et quelques surprenantes coupures de mots :

" CY GIST LE CORPS DE DEEVNTE DEMOISELLE ANNE DVVIVIBRD (?)

DECEDDEE AV CHATEAV DE CE LIEV LE 19 IVLLET 1504

PRIES DIEV POVR LE REPOS DE SON AME "

" ICI GIST LE CORPS DE DEFFVNTE DAME CHAR

LOTTE CHAVVEAV FEMME DE MAISTRE PIERRE CHO

LLET SIEVR DE LA GAVBERTIERE ET PROCVREVR FIS

CAL DE CE LIEV LAQVELLE DECEDA LE 13 NOVEMBRE

1702 PRIES DIEV POVR SON AME "

Les croix de pierre dressées en tête des deux monuments portent gravés sur leur face extérieure les sigles IHS (initiales du latin : Jesus hominum salvator) surmontés de croix latines; ces sigles à leur tour surmontant des coeurs.

Une croix du même type se dresse en tête d'une dalle funéraire de pierre où est gravée, toujours en caractères romains, l'épitaphe suivante :

" CY GIST LE CORPS DE FEV PIERE

PASQVIER EN SON VIVANT

MARIT DE MAGDELEINE GVIL

LIOT QVI DECEDA LE I° DECEM

BRE 1766 AGE 39 ANS POVR

SON AME PRIEZ DIEV "

 l'angle du mur longeant la route et de celui bordant la place de l'église a été déposé un fragment de pierre tombale gravé de cette épitaphe :

" CY GIST LE CORPS DE MESSIRE

HENRY CARTIER EN SON VI

VANT PRETRE CVRE DE

MONTREVIL-BONNIN QVI

DECEDA LE 23 NOVEMBRE

1783 AGE DE 67 ANS PRIEZ

DIEV POVR SON AME "

Une modeste stèle, sur votre gauche à la sortie du cimetière, marque la tombe d'un certain Thomas Charles décédé le 13 février 1899 à l'âge de 63 ans et qui, selon la tradition locale, exerça les honorables fonctions de barbier de Napoléon III.