A la mort de Charles IV le Bel, un interrègne s’instaure de nouveau, faute d’héritier mâle en ligne directe. Après que la reine a donné naissance à une fille posthume, la Couronne passe au cousin germain Philippe, de la branche cadette des Valois (son père était Charles de Valois, frère de Philippe le Bel).

La légitimité des Valois est tout particulièrement contestée à partir de1337 par Edouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère. Dans un contexte de querelles dynastiques, de rivalités politiques et de conflits armés, la flotte française subit, le 24 juin 1340, le désastre de l’Ecluse (avant-port de Bruges, en Flandre). En 1341, s’ouvre la guerre de succession au duché de Bretagne -dite guerre des deux Jeanne-, où les deux rois s’affrontent par prétendants interposés. En Guyenne vers 1344, Edouard III fait même émettre le léopard d’or, une pièce où, pour la première fois il ose s’auto-proclamer roi de France.

Les monnaies d’or de Philippe VI comptent parmi les plus belles du monnayage médiéval. Elles sont frappées à la fois pour financer des expéditions militaires et pour rehausser le prestige royal. C’est en effet un moment où la rareté du métal-argent ne permet d’émettre que des espèces médiocres, qu’elles soient blanches (en argent), ou noires (alliage où le cuivre domine sur l’argent). On confère donc à l’or, relativement et temporairement moins rare, et à une recherche esthétique dans la gravure, une mission de prestige et de propagande.

 

Parmi les comptes d’ateliers parvenus jusqu’à nous figurent ceux datant du règne de Philippe VI. Ils nous renseignent sur les derniers maîtres d’atelier et leur production montreuillaise de monnaies d’or, entre le ler mars 1337 et le 22 février 1346.

 

Ces maîtres de l'atelier monétaire de Montreuil-Bonnin sont : 

Gile Chauvel et Pierre Lescuelier (écus et lions : 01.03.1337 - 23.12.1338) ;

Pierre de Betaille (lions, pavillons et couronnes : 23.12.1338 - 20.04.1340) ;

Jean Brunot (doubles : 20.04.1340 - 07.02.1341) ;

Etienne Cabrier, de Saint-Jean-d’Angély (anges : 01.07.1341 - 25.07.1342) ;

Gaubert de Lespinace (anges et écus : 25.07.1342 - 05.12.1342) ;

Pierre de Caignac, de Figeac (écus : 21.06.1343 - 20.10.1343) ;

Ymbert Chief de Roy (écus : 20.10.1343 - 01.11.1343) ;

Pierre Bouillon, de Limoges (écus : 01.11.1343 - 13.12.1343) ;

Guillaume de Pors, de Marciaux (écus : 13.12.1343 - 24.10.1344) ;

Pierre de la Boverie : 24.10.1344 - 27.03.1345;

Hughes de Biez (écus : 27.03.1345 - 22.02.1346).

 

Dans ce laps de temps ont été frappés au total :

336 000 écus ;

62 800 lions ;

62 000 pavillons ;

10 000 couronnes ;

11 000 doubles royaux ;

69 000 anges.

 

Soit plus de 500 000 pièces d’or (La description des pièces est empruntée à J. Lafaurie & P. Prieur, Les Monnaies des rois de France; A. Dieudonné, Manuel de numismatique française; F. Poey d’Avant, Monnaies féodales de France; J. Belaubre, Histoire numismatique et monétaire de la France médiévale).

Et cependant, plusieurs fois l’atelier a dû chômer " par deffaut de billon d’or ". Par exemple, du 8 février 1340 au ler juillet 1341. Les comptes d’ateliers fournis précisaient de plus, le prix d’achat du métal, la taille des pièces au marc de Paris -qui renseigne sur leur poids- et le cours par rapport au sol tournois.

Mais l’oeuvre de la monnaie était strictement surveillé par les " juges maistres des monnaies " -de deux à quatre pour chaque émission. Ils vérifiaient la valeur de l’alliage et le poids des pièces déposées dans des boîtes-témoins; ainsi que les profits et " émolumens " demeurant aux maîtres de l’atelier -compte tenu des dépenses encourues par ces derniers, pour l’achat ou l’entretien des fers (coins), croiseux (creusets), buch (bois), charbon, foudre (fourneau à soufflet), etc.

Ces juges portaient des noms devenus, pour la plupart, savoureusement surannés : Nicolas Iszebarre, Pol de Serbinde, Raoulet Maillart, Bethin de Saint-Denis, Colin Le Fournier, Jehannin et Gieffroy de Mante, Jehan Margeri, Pierre Le Mareschal, Pierre Oscruy, Philippe Austorde, Nicolas Barace, Nicolas Delandes, Robert Nicolas.

Dès le 4 février 1341, le roi Philippe VI de Valois a ordonné l'émission de florins à l'effigie de  saint Georges, qui sont frappés à Angers. Puis, en vertu d'une ordonnance royale du 27 avril 1346, le prince Jean, fils aîné du roi et futur Jean II le Bon, fait lancer à Montreuil-Bonnin une deuxième émission du florin Georges.

Au Moyen Age, saint Georges était l'un des saints les plus vénérés, en particulier par les chevaliers. Le choisir comme effigie semble donc à première vue de bonne politique pour galvaniser les esprits.

Mais les Anglais s'étaient arrogé, de longue date et pour longtemps, l'exclusivité de la protection de saint Georges, si l'on en croit leur cri de guerre, encore lancé par Henri V en débarquant à Harfleur le 14 août 1415 -quelque deux mois avant la bataille d'Azincourt :

" Cry 'God for Harry ! England and saint George !' " (Shakespeare, Henry V, acte III, scène I).

Le cri de ralliement des Français était " Montjoie saint Denis ! " (la mont-joie était la bannière qui réglait la marche de l'armée). Peut-être Philippe VI eût-il été plus avisé de frapper une monnaie à l'effigie de ...saint Denis, qui n'eût pas été ressentie comme une provocation par l'adversaire. Et peut-être les monnayeurs de Montreuil-Bonnin n'eussent-ils pas dû payer cette insolence de leur vie ?