L'étang du Roy

Un étang marécageux fut planté d'une peupleraie communale en 1959 et, après l'abattage des peupliers dans les années quatre-vingts, l'étang actuel fut creusé, tout près des restes de l'aqueduc romain de Fleury à Poitiers, en face de la source de « l'Orteil », avec sa fontaine.

 

 L'aqueduc romain

 

La fontaine de l'Orteil

Les anciens du village vous expliqueront sans ciller que la fontaine doit son nom à son exiguïté ne permettant de se tremper qu'un orteil. Mais, à l'étymologie populaire et anatomique on peut opposer l'hypothèse d'une altération phonétique et sémantique de l'ortele médiéval -c'est-à-dire le jardin, ou clos, ou verger-, vocable dérivé du latin hortus ou hortellus.

La Boivre, notre rivière « aux castors », trouve son étymologie dans une racine germanique qui a donné Biber en allemand, beaver en anglais et Bièvre, Beuvron, etc., dans de nombreux noms de lieux et de cours d'eau en France. D’ailleurs, notre "Boivre" contemporaine apparaît sous les formes Bibera, Bevria, Buevre, puis Boyvre dans des documents datant respectivement des années 926, 1100, 1295 et 1442.

Près du pont Janvin, se dresse le « Moulin du Roy », certainement l'une des plus anciennes parmi les maisons de la commune.

Le Moulin du Roy

Les bâtiments aujourd'hui visibles sont construits sur un moulin médiéval et ses dépendances. Les fondations incluent un lit de coquilles d'escargots destinées à éviter les remontées d'humidité. Le corps principal date des 17ème-18ème siècles, mais l'aile en retour, bâtie sur le bief et la roue du moulin, date probablement du 12ème siècle. D'énormes poutres soutiennent le plafond de la salle de la machinerie et d'une pièce contiguë à cheminée de pierre, traditionnellement appelée « chambre du roi ».

Aux 10ème-11ème siècles existaient des meules à bras, comme celle située dans un jardin de la rue de l'Etang du Roy, actionnées grâce à une barre horizontale fixée à une pierre ronde tournante.

Mais les seigneurs imposèrent rapidement le recours à leurs moulins à eau et en inclurent l'usage -forcé, exclusif et payant- dans les banalités dont les vassaux ne furent définitivement libérés qu'en 1793. Selon que des meules, marteaux, ou martinets étaient mus par ces moulins, on pouvait ainsi moudre des céréales et des oléagineux, fouler du drap, écraser des fibres de chanvre, broyer des écorces pour tanner les peaux, et même battre le fer ou le cuivre.

La prolifération des moulins seigneuriaux, en particulier dans notre vallée de la Boivre, ne saurait donc étonner. Selon dom Pierre de Monsabert (Archives de la France monastique, Revue Mabillon tome VII, 1911-1912, Privilèges et administration générale de l'Abbaye Notre-Dame du Pin, p. 338), dans la Liasse de titres antérieurs au 13ème siècle, figurent pour l'an 1194 :

- la donation à l'abbaye par le roi d'Angleterre (Richard Coeur de Lion) d'un bois entre l'abbaye du Pin et Ferrière, des droits d'usage et pacage dans le Bois Maingot et les autres bois de la terre de Montreuil, d'un droit de terrage à Latillé

- la confirmation de la donation d'un moulin au-dessous de ceux dudit Richard sur la chaussée de l'étang de Montreuil.

Ce n'est pas en tant que roi d'Angleterre, mais comme comte de Poitou, que «ledit Richard» possède en France des biens dont il peut disposer. Né en 1157, il ne sera roi d'Angleterre que de la mort de son père Henri Plantagenêt en 1189, à sa propre mort devant le château de Châlus en 1199. En tant que comte de Poitou, il reçut l'allégeance de ses vassaux, au cours d'une assemblée tenue à Niort pour Pâques en 1170.

Il était fréquent qu'à l'occasion d'événements marquants, les grands féodaux procèdent à des donations en faveur d'établissements ecclésiastiques. Ce fut le cas de Richard en Poitou, lors de son départ pour la Terre Sainte en juin 1190. Très fréquentes étaient aussi les «confirmations de donations», comme celle ci-dessus -évidemment postérieure au retour en Poitou de Richard, durant l'été 1194, après la troisième Croisade et sa captivité aux mains du duc Léopold d'Autriche et de l'empereur d'Allemagne Henri VI de Hohenstaufen.

Les vestiges de cette «chaussée» sont encore visibles en bordure de la route menant du Moulin du Roy au pont Janvin. Que l'actuel moulin soit celui dont la donation est confirmée, ou l'un de «ceux dudit Richard», il existait antérieurement à 1194. Le système d'engrenage avec dents et fuseaux s'usant rapidement, nous trouvons dans les comptes de dépenses pour travaux, comme celui du sénéchal de Poitou pour le terme de l'Ascension 1290, le poste de 15 sous affectés au remplacement des engrenages et ferronneries des moulins (pro ferris molendinorum Mosterolii) de l'étang (stagni) de Montreuil.

Le Moulin du Roy est aussi mentionné en 1404 dans Le Grand Gauthier, un recueil d'aveux rendus pour la plupart au début du 15ème siècle par ses vassaux à Jean de France, duc de Berry (f° 71 de la copie authentique et contemporaine conservée aux Archives départementales de la Vienne).